Carte Blanche Anna Mouglalis
Née en 1978 à Fréjus d’un père grec et d’une mère bretonne, Anna Mouglalis grandit entre le Var et Nantes avant de rejoindre Paris à l’adolescence. Formée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique sous la direction de Daniel Mesguich, elle s’impose très tôt par une présence magnétique, une voix grave immédiatement reconnaissable et un goût prononcé pour les personnages complexes. Pendant sa formation théâtrale, elle se lance dans le mannequinat afin de gagner sa vie.
Après un premier passage au cinéma dans Terminale de Francis Girod, elle est révélée au grand public par Merci pour le chocolat de Claude Chabrol. Elle construit ensuite une filmographie exigeante, privilégiant le cinéma d’auteur européen. De Novo à Romanzo Criminale, de J’ai toujours rêvé d’être un gangster à La Mer au loin, en passant par Coco Chanel et Igor Stravinsky ou Gainsbourg (vie héroïque), elle compose une galerie de figures libres, indociles et souvent insaisissables. En parallèle, elle poursuit un important travail au théâtre, tout en devenant l’une des muses de Karl Lagerfeld pour Chanel.
Refusant de se laisser enfermer dans une image ou un registre, Anna Mouglalis n’a cessé de faire de son parcours un espace de liberté. Attentive à ce que la parole des femmes trouve toute sa place dans l’espace public, elle fait de ses prises de position le prolongement naturel de ses choix esthétiques. Cette même indépendance irrigue aujourd’hui encore son travail, notamment avec Ô Guerrillères, projet musical conçu avec son groupe Draga à partir des textes de Monique Wittig, où théâtre, poésie, rock et performance se rejoignent.
Plus qu’une interprète, Anna Mouglalis est une artiste qui envisage chaque projet comme une recherche, faisant dialoguer littérature, musique, cinéma et arts de la scène. Sa prestation solo sur La Chair est triste hélas, adaptation du texte incandescent d’Ovidie qui la met en scène, marque peut-être le point de rencontre le plus évident entre sa création et ses convictions. C’est sans doute cette fidélité à son exigence artistique, autant qu’à une forme de liberté intérieure, qui fait d’elle l’une des actrices les plus singulières et les plus précieuses du cinéma français contemporain. Elle s’affirme plus que jamais comme une ennemie du silence.