Hommage à Ornella Muti

Hommage à Ornella Muti

Certaines actrices ont beau être inoubliables, elles brillent moins par leur célébrité que par cette qualité inexplicable de présence qui transforme chacune de leurs apparitions en événement. La perle rare Ornella Muti fait partie de cette famille. Dès ses débuts à quatorze ans, elle suspend le regard avec une évidence qui ne la quittera jamais: Seule contre la mafia (1970) de Damiano Damiani demeure encore aujourd’hui l’un de ses plus grands rôles. Née Francesca Romana Rivelli en 1955 à Rome d’un père napolitain journaliste et d’une mère estonienne d’origine germano-balte, elle adopte alors le pseudonyme d’Ornella Muti, bientôt indissociable du cinéma italien.

Des années 1970 à la fin des années 1980, elle construit une filmographie d’une liberté exemplaire. Elle refuse toute hiérarchie entre les cinémas, passant avec une aisance déconcertante du cinéma populaire au cinéma d’auteur, de la comédie au mélodrame, du polar au fantastique, jusqu’aux territoires aventureux de l’exploitation. Fidèle à Dino Risi comme à Marco Ferreri, elle accepte les propositions les plus audacieuses sans jamais craindre le soufre : Conte de la folie ordinaire, adaptation hallucinée de Bukowski par Ferreri, suscite autant le scandale que l’admiration et demeure une expérience éminemment radicales dans sa carrière.

Hollywood la sollicite (Flash Gordon, Oscar), tout comme la France, où elle retrouve à deux reprises Alain Delon (Mort d’un pourri, Un amour de Swann), mais elle ne cède jamais aux sirènes de l’exil. Toujours prête à prendre des risques, elle continue d’inspirer des cinéastes aux univers très différents. Lucas Belvaux lui offre plusieurs beaux rôles au début des années 2000, tandis qu’elle accepte de se prêter aux expériences de Peter Greenaway puis de Bertrand Mandico.

La singularité d’Ornella Muti ne tient pas seulement à sa beauté, mais à cette aura presque surnaturelle que l’italien résume dans un mot unique : fantasma. Toujours dans l’équilibre entre force et fragilité, fantôme autant que fantasme, elle paraît appartenir à un ailleurs.

Sensuelle sans jamais être réduite au rang de sex-symbol, elle hante les films tout autant qu’elle les habite. Bertrand Mandico ne s’y est pas trompé en faisant d’elle une figure allégorique : celle de toutes les actrices, et celle d’un cinéma italien dont elle demeure, à elle seule, la survivance.